Pour la semaine de visibilité du spectre aromantique (du 16 au 22 février), nous avons publié en avant-première des articles du numéro sur l’aromantisme, que vous pouvez retrouver ici.

Le puits

Article original par Ashley Kleczka ; traduit par Rosefinch

Thèmes : poésie, racisme, héritage.

Aucun des États que j’ai traversés
N’a jamais su prononcer mon nom sans s’étrangler, sans le cracher.
Un millier de fois on m’a refusé ce sentiment d’appartenance
Que je cherche encore tout au fond du puits qu’est l’histoire de ma famille

À trois pas d’ici, six pieds sous terre
Je trouve les graines d’un autre possible
Enfouies dans une terre depuis longtemps désolée ;
Alors je creuse encore
Mais je ne trouve jamais rien

Je porte le deuil de mes racines, mortes de soif sans trouver l’eau
Toujours trop, jamais assez pour être des leurs
Alors je découvre la honte, dans le noir, tout au fond de l’oubli.

Aucun des États que j’ai traversés
N’a jamais su que ce nom n’était pas le mien, mais tous se sont étranglés, tous l’ont recraché
Une identité délavée, blanchie de son héritage dans des eaux qu’iels nous ont prises
Alors je chercherai encore, mais ces racines s’arrêteront avec moi


Le puits d’Ashley Kleczka représente son besoin de renouer avec l’histoire de son grand-père, décédé avant qu’iels ne puissent se rencontrer. Une enfance sur la route, une histoire compliquée et un nom de famille qui ne découle d’aucun lien de parenté… C’est ce qui a conduit Ashley Kleczka à ce sentiment qu’on lui a volé son héritage malgré les efforts que son grand-père a dû faire pour tenir sur la route entre Veracruz et la Californie.