Pour la semaine de visibilité du spectre aromantique (du 16 au 22 février), nous avons publié en avant-première des articles du numéro sur l’aromantisme, que vous pouvez retrouver ici.

Je suis queer…

Article original par Moira Armstrong ; traduit par LAbare / Florïan Lorenzetta

Thèmes : asexualité, questionnement.

Et je ne dis pas queer juste pour signifier une orientation sexuelle ou une identité de genre en-dehors du cadre hétérosexuel ou de la binarité de genre,

Ni même pour signifier étrange ou curieux d’un point de vue conventionnel ;

Je dis queer pour signifier d’un caractère ou d’une nature douteuse.

Queer, c’est-à-dire

Aucune des trois Grandes Lettres Bénites de la sexualité

ne m’a jamais semblé me convenir, c’était plutôt

comme une étiquette qui gratte, ce sentiment

qui me triturait l’esprit : je n’avais pas d’étiquette.

Je n’arrivais pas à comprendre

qui m’attirait (ou s’il y avait même un

« qui » à inclure dans la question), et alors que

tout le monde avait trouvé sa propre réponse,

personne ne pouvait m’aider.

De savoir que tout le monde avait trouvé, compris, et

fièrement affiché cette part d’elleux-mêmes qui reflétait

parfaitement l’image de leur vie, et de tous les mots que j’ai

testés comme les échantillons d’un nuancier, il planait

toujours l’ombre d’un doute qui empêchait toute couleur de me correspondre

parfaitement.

Je dis queer pour signifier mauvaise’, sans valeur, ou trompeur.

Queer, c’est-à-dire

Je me suis retrouvée dans un murmure,

un terme obscur en harmonie

avec mes ressources et avec ma vie, mais ni

avec la société gavée de sexe ni avec la communauté gavée de sexe.

Je me suis retrouvée à espérer plus que tout

rencontrer non seulement une femme, mais

une femme qui ne voudrait pas qu’un coup d’un soir,

à ne trouver que déception dans ce petit monde

que j’avais si longtemps espéré rejoindre, jusqu’-

à inventer des excuses pour manquer les marches des fiertés.

Je me suis retrouvée à me mêler tant bien que mal à la foule

pour qu’on m’accepte, à me sentir un peu à l’étroit

mais à m’adapter petit à petit à la pression.

Mais peu importe qu’on en ait l’habitude,

on est toujours mal à l’aise d’être sous pression.

Je dis queer pour signifier qui se sent physiquement mal ou perturbée’.

Queer, c’est-à-dire

Vous avez vu toutes ces pubs avec des femmes dénudées

Et des hommes torse nu pour ornementer leurs produits parce que tout le monde

Va se ruer pour les acheter dès que leurs hormones montent en flèche ?

Ou encore celles où un type tripote sa salade comme s’il allait coucher avec ?

Vous avez vu tous ces groupes d’ados

qui se racontent leurs histoires d’amour et leurs exploits sexuels

(que ce soit avec leur grand amour ou pas) et qui en rigolent

comme si ça n’avait aucune importance ?

Vous avez déjà vu quelqu’une’ détourner le regard

Pendant que ces pubs passent ? Quelqu’un rougir

Pendant que les autres papotent ? C’est moi.

Je ne comprendrai jamais vraiment en quoi ces blagues sont drôles,

En quoi la chose est séduisante, et j’ai entendu des gens

Parler dans mon dos, dire que je suis bizarre et anormale.

Non, je veux leur dire

Asexuelle.